La chaussure de course à pied

comprendre son usure

Mars 2021

Chacun d'entre nous s'est déjà posé la fameuse question : "A partir de quand mes chaussures sont-elles usées?" Pour éclaircir les esprits, nous allons expliquer l'anatomie d'une chaussure de running, sa vie et ses limites.

Les différents éléments qui composent une chaussure

Dans notre sport qu’est la course à pied, le matériel a pris une place considérable avec un budget moyen de 368€ par an. L’élément phare de l’équipement est la chaussure. Les chaussures de sport constituent un véritable marché avec 9 millions de paires de chaussures vendues chaque année. Bien que les chaussures continuent d’évoluer, on retrouve toujours les mêmes éléments : la tige, les lacets, une semelle de propreté, une semelle intermédiaire et une semelle extérieure.

Le développement des chaussures de course à pied tel qu’on les connaît a débuté lors des années 60. A la fin des années 50, motivés par la population de coureurs atteint par un nombre important de blessures, les industriels du secteur devaient trouver une solution. Les ingénieurs développent alors les premières chaussures amortissantes, pensant qu’elles solutionneront leurs problèmes. De nombreuses mousses permettant d’amortir furent produites par les industriels.

Comme tout matériau, ces dernières vont se dégrader à l’usage. Mais comment peut-on déterminer que notre chaussure est encore en état ? Nous allons tenter d’éclaircir cette question dans cet article.

Qu’est ce qu’une chaussure usée?

La compréhension de la chaussure est complexe. Il ne suffit pas de se fier à l’aspect visuel ou au toucher de la chaussure comme on aurait tous tendance à le faire. 60% des coureurs pensent qu’une chaussure usée correspond à une semelle extérieure devenue trop lisse ou trouée et/ou avec une tige détériorée. 10% d’entre eux pensent que l'usure correspond à une déformation de la chaussure et enfin 30% estiment que l’usure vient de la dégradation de l’amorti.

Une chose est certaine, l’usure de la chaussure démarre bien en amont de la dégradation de son aspect esthétique.

La vraie question est : sommes-nous capables de détecter ces changements à temps ?

La réponse est non !

En  2017, les chercheurs McPoil et Cornwall ont démontré que les coureurs n’étaient pas capables de détecter visuellement les altérations des paramètres mécaniques de la chaussure avant qu’il ne soit trop tard.

Pour connaître l’usure de sa chaussure, il va donc falloir connaître sa vie et son utilisation. 

L’usure de la chaussure sera engendrée par un ensemble de paramètres tels que la répétition de flexion, la répétition d’impact, l’abrasion du sol, etc. La caractéristique la plus importante impactée par l’usure est l’amorti. Sa dégradation est beaucoup plus précoce que les divers autres éléments esthétiques évoqués précédemment comme le talon, la semelle extérieure ou encore la déformation de la chaussure.

L’amorti et son évolution dans le temps

 

L’amorti vient de la semelle intermédiaire de la chaussure. Cette partie est la plupart du temps en Ethylène-acétate de vinyle (EVA) dont les densités diffèrent selon la technicité de la chaussure.

Comme la plupart des matériaux, l’EVA est sujet à l’usure :

  • A l’utilisation : l’EVA est sensible à l’écrasement. Lorsque vous courez, votre poids compresse la semelle de la chaussure et la répétition d’impact provoque une usure irrémédiable de celle-ci, la semelle se rigidifie. Au-delà de 240km, l’amorti aura déjà perdu 33% de ses capacités d'amortissement et 40% à 800 km
  • Naturellement : L’usure d’une chaussure débute à l’usine. Comme beaucoup d’alliage plastique, la semelle en EVA s’usera naturellement dès sa sortie de son moule de fabrication, perdant ses capacités d’amortissement. Ainsi, sans être utilisées, les chaussures perdent leur qualité d’amortissement jusqu’à devenir nulle au bout de 3 ans d’existence. Pour information, lorsque vous achetez vos chaussures en magasin, leur durée de vie restant est d’environ 2 ans. Si vous les achetez en solde : 1 an. Si vos chaussures ont été déstockées, l’amorti sera pratiquement inexistant.

Les conséquences d’une chaussure usée

En général, les coureurs réguliers changent leurs chaussures tous les ans. Bien souvent, il est déjà trop tard. 

Pour s’adapter à ces changements d’amorti, le corps va adapter sa position et sa gestuelle. Ces changements peuvent entraîner des désordres musculo-squelettiques lorsque l’utilisation de chaussures usées est trop prolongée. 

Sur l’ensemble des blessures liées à la course à pied, on peut considérer que 30% sont dues à une chaussure usée ou défaillante. Lorsque vous vérifiez l’état de votre équipement, il convient de regarder les deux chaussures. En effet, il n’est pas rare d’observer une usure asymétrique.

Conclusion

Pour conclure, le véritable consensus acté aujourd’hui est qu’une chaussure usée sera beaucoup plus rigide entraînant un impact plus important, une force de freinage supérieure et des vibrations plus fortes. Ainsi, le risque de tendinopathie du tendon d’Achille et des pathologies ostéo articulaires notamment autour du genou seront plus importants. 

Lorsque votre compteur arrive aux 800 km nous vous conseillons d’envisager de vous diriger vers votre magasin spécialisé pour contrôler vos chaussures afin de préserver votre système musculo-squelettique. Bien entendu certains facteurs comme le poids ou la fréquence de sortie vont venir détériorer l’amortie de manière plus rapide.

N'attendez donc plus que vos chaussures soient usées au point d’avoir les doigts de pied à l’air pour les changer !!

 


Sources:

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